tag:blogger.com,1999:blog-17254701498440201412007-04-20T06:21:40.576-07:00Antisarko - Arguments de campagneElèves du séminaire Mobilités sociales XVIe-XVIIIehttp://www.blogger.com/profile/08868615397195637719noreply@blogger.comBlogger1125tag:blogger.com,1999:blog-1725470149844020141.post-51037306918768065142007-04-20T06:18:00.000-07:002007-04-20T06:21:40.607-07:00Sarkozy, nouveau père de la nation ?<p class="MsoNormal"><span style="font-style: italic;">Nicolas Sarkozy ou les vertus d’une cohésion nationale maximale</span><br /><span style="font-style: italic;"> assortie d’une cohésion sociale minimale</span><br /><br />Il n’aura échappé à personne que le candidat de l’UMP s’est depuis<br />quelque temps emparé du thème de la nation. Dans les discours de la<br />porte de Versailles, de Poitiers et de Saint-Quentin, la « France »<br />est invoquée à chaque ligne pour glorifier le caractère rassembleur de<br />Nicolas Sarkozy, par-delà les clivages partisans, les divisions<br />sociales et les grandes ruptures historiques. Réconcilier l’Ancien<br />Régime et <st1:personname productid="la Révolution" st="on">la Révolution</st1:PersonName>, magnifier en même temps deux mille ans de<br />christianisme et un siècle de laïcité républicaine, communier dans la<br />mémoire de Jaurès et dans le culte du Général, telle est la tâche que<br />le candidat de la droite s’est assigné contre une gauche accusée de «<br />communautarisme historique » et décrite insidieusement comme<br />antipatriotique.<br /><br />L’utilisation du mythe de l’union nationale soulève d’abord un<br />problème de contexte. La plupart des événements évoqués par Nicolas<br />Sarkozy renvoient à des situations de conflit international ou de<br />guerre civile : les guerres napoléoniennes, l’affaire Dreyfus, les<br />deux guerres mondiales. La dramatisation de son discours historique<br />sous-tend que pour répondre à une situation de crise majeure il est<br />nécessaire que notre nation en appelle à un personnage providentiel<br />qui unisse la nation sous son égide. Mais cette description<br />parcellaire suppose que nous soyons aujourd’hui dans ce même type de<br />crise, que nous soyons face à un ennemi irréductible, que nous soyons<br />en guerre. Mais qui est l’ennemi d’aujourd’hui ? Où se cache-t-il ? A<br />Bruxelles, en Turquie, en Afrique ? Nul ne le sait, Nicolas Sarkozy, à<br />la manière des déclinologues, nourrit l’idée que lui seul serait<br />capable de traquer cet artefact néfaste et inconnu du vulgaire. Ainsi<br />se dessine une lecture de l’histoire de France empreinte d’un<br />messianisme réactionnaire qui arase les luttes, les rapports<br />productifs, les systèmes d’oppression pour ne chercher que des moments<br />où les tensions sont surmontées par un homme d’exception qui met fin<br />au cycle de changement sociaux et favorise « un grand renfermement »<br />conservateur.<br /><br />Plus étonnant encore, Nicolas Sarkozy entonne un discours parfaitement<br />contradictoire entre sa volonté de rupture sociale et l’affirmation de<br />sa fidélité à l’histoire nationale. Il ne cesse d’en appeler aux<br />vertus protectrices et rassurantes de la nation, tout en défendant un<br />programme qui en saperait les fondements. La mise en place de l’école<br />gratuite, laïque et obligatoire, le développement des services publics<br />et de la protection sociale et la construction de mécanismes sociaux<br />et fiscaux de redistribution ont été des éléments majeurs dans<br />l’édification de la cohésion nationale. Or, Nicolas Sarkozy propose de<br />revenir sur la plupart de ces institutions du lien social pour créer<br />une société du « libre choix ». Une société hyperindividualiste, où<br />l’impôt sur les successions aurait disparu, où l’impôt sur le revenu<br />pour les tranches supérieures serait encore diminué, où une franchise<br />serait appliquée en matière de santé, où l’on travaillerait de nouveau<br />40 heures et plus, où certains salariés pourraient prendre leur<br />retraite à 70 ans. Cette république écornée formerait-elle encore une<br />nation telle que nos pères et mères l’ont connue ? Sarkozy finalement<br />en appelle à la nation pour mieux la fragiliser. L’invocation d’un<br />passé mythifié, sans aucun lien avec la réalité des expériences<br />vécues, se substitue à l’élaboration concrète et quotidienne de la<br />citoyenneté et de la solidarité. Jamais aucun peuple n’a pu rester uni<br />en communiant seulement dans la fétichisation d’un passé aseptisé et<br />dénaturé. Surtout, la cohésion nationale suppose de combattre les<br />inégalités sociales et non de les encourager.<br /><br />Car, et c’est bien le plus inquiétant, le candidat de l’UMP veut<br />capter un héritage national pour le détourner. Jaurès ? Il en serait «<br />l’héritier ». Blum ? Il était de ces socialistes qui défendaient « la<br />valeur travail ». Mais combien Jaurès a-t-il dû batailler lorsqu’il<br />défendait la journée de 8 heures ou la progressivité de l’impôt !<br />Quelle opposition Blum a-t-il rencontré lorsqu’il a fait voter la<br />semaine de 40 heures et les deux semaines de congés payés ! Ces<br />conquêtes du mouvement social, sur lesquelles Sarkozy est si désireux<br />de revenir pour accomplir sa rupture libérale, ont été des moments<br />décisifs de l’intégration des classes ouvrières et populaires à la<br />nation. Travailler dignement sans être exploité, réduire le temps de<br />travail, augmenter les salaires et les pensions, favoriser les<br />protections sur une base de solidarité nationale, ont toujours été des<br />objectifs poursuivis par les socialistes. D’ailleurs, en 1942, à Riom,<br />la ligne d’accusation vichyste fut de vilipender Blum pour avoir<br />démoralisé <st1:personname productid="la France" st="on">la France</st1:PersonName> et lui avoir fait perdre le « goût du travail »…<br /><br />Donc, même durant le temps d’une campagne présidentielle, Nicolas<br />Sarkozy ne peut jouer avec l’histoire, qui fonde notre conception de<br />l’unité nationale sous l’égide de <st1:personname productid="la République" st="on">la République</st1:PersonName> égalitaire. Il en va<br />du respect, de l’œuvre et de la mémoire des figures de la gauche<br />démocratique et résistante, il en va du respect de ces millions de<br />concitoyens qui aujourd’hui encore se sentent les héritiers d’une<br />pensée qu’on ne peut confisquer, même sur l’autel d’une ambition<br />personnelle au service de la prédation capitaliste.</p>Elèves du séminaire Mobilités sociales XVIe-XVIIIehttp://www.blogger.com/profile/08868615397195637719noreply@blogger.com